Simone de Beauvoir

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Écrivain et philosophe, Simone de Beauvoir (1908-1986) est largement considérée comme la principale fondatrice de la pensée féministe.

Compagne de Jean Paul Sartre, avec qui elle formait un des couples d’écrivain les plus en vogue de Paris, on lui doit notamment Le Deuxième Sexe, essai existentialiste et féministe devenu une référence mondiale.

Aujourd’hui encore elle fait partie des auteures français les plus traduites à l’étranger. Ses oeuvres reçurent de nombreux prix, dont un Goncourt pour Les Mandarins.

  • Le Deuxième sexe

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Le 9 janvier 1908, Simone - Lucie Ernest Marie Bertrand - de Beauvoir naît, dans une “chambre aux meubles laqués de blanc” (Mémoire d’une jeune fille rangée), boulevard de Montparnasse, à Paris. Le blanc de cette pièce est, d’après Danièle Sallenave, déjà symbole d’un avenir littéraire : elle est née sur une “page blanche” (Castor de Guerre). Simonne, d’après l'orthographe originelle de son prénom, est la fille de Georges de Beauvoir, né le 15 juin 1878, avocat, et de Françoise Brasseur née le 1er novembre 1885, jeune provinciale : leur union est un mariage arrangé. 


Les premières années de vie de Simone de Beauvoir sont très heureuses, c’est le pur mythe de l’enfance comme “paradis perdu” ; et ce malgré les crises de colère qui l’agitent parfois. La jeune Simone considère qu’elle est une “conscience” même à l’âge de cinq ans et c’est cette indépendance d’esprit qui est à l’origine de ses accès de rage ; elle ne supporte pas d’être considérée uniquement comme un corps d’enfant. “Je me promis, lorsque je serai grande, de ne pas oublier qu’on est à cinq ans un individu complet”. (CdG 39)


Ainsi, elle raconte, dans Mémoire d’une jeune fille rangée, une anecdote symptomatique de cette prise de résolution : lors d’une balade, une vieille dame rencontrée sur le chemin tente, comme on pince parfois la joue d’un enfant, de lui tâter les mollets. Courroux immédiat de la petite Simone ! Elle ne supporte pas que l’on ose la soumettre, de quelque manière que ce soit. Danièle Sallenave écrit dans le CdG que : « ce qui déchaîne une rage voisine du désespoir, c’est la tyrannie des mots, l’arbitraire des ordres, des contraintes, où on ne peut lire “nulle nécessité” ». (CdG p.38) 


 Mais cette intensité est surtout le signe que, très tôt, Simone de Beauvoir est éprise d’absolu (CdG p.40) : elle sait lire à l’âge de 4 ans, elle adore apprendre et est “goulue” de savoir. Elle entre à 5 ans au fameux Cours Désir (historiquement l’accent n’existe pas, mais cette orthographe est popularisée par Simone de Beauvoir), un institut privé catholique qui assure l’éducation des jeunes filles. Elle transmet d’ailleurs ses connaissances à sa petite sœur Hélène dite Poupette, née Henriette, Hélène, le 9 juin 1910. Où qu’elles se rendent, les deux sœurs sont accompagnées de leur bonne, Louise. La religion est un pivot de l’éducation des petites de Beauvoir, et Simone est, pendant une grande partie de sa jeunesse, particulièrement pieuse, parce que c’est dans cette dévotion qu’elle s’approche d’un absolu, d’un idéal métaphysique.


Mais la petite enfance de Simone de Beauvoir n’est pas dirigée uniquement par l’instruction de l’esprit, c’est aussi le temps de l’initiation corporelle, à travers par exemple les premières expériences gustatives lors de fameux étés passés dans le Limousin. (p.41 CdG) Ces séjours dans les domaines de Meyrignac et de La Grillère sont chers aux yeux de Simone de Beauvoir ; là-bas, elle découvre la liberté et jouit du contact avec la nature - réminiscences bucoliques qu’elle ne cessera de chercher, dans ses voyages avec Sartre ou dans ses randonnées marseillaises, lorsqu’elle était jeune enseignante. L’exploration des paysages naturels répond à son désir d’infini et d'exceptionnalité, sans doute aussi qu’elle y apprend l’indépendance. 


À sept ans seulement, elle écrit deux romans, Les Malheurs de Marguerite, puis La Famille Cornichon : l’appel de la littérature et de l’écriture est déjà là. L’enfance conditionne ce qui sera la philosophie Beauvoirienne, et notamment celle qui structure Le Deuxième Sexe. En effet, le postulat qu’elle adopte, au commencement de l’ouvrage, repose sur une interrogation quant à la différence d’éducation entre jeunes filles et jeunes garçons ; bien que Simone considère avoir été élevée “comme un homme”. Constatant l’exception qu’elle incarne, elle s’applique ainsi à étudier puis expliquer les disparités et les inégalités entre les femmes et les hommes. Ainsi, si l’enfance est l’un des leviers de cette discordance, le caractère exceptionnel de son existence philosophique se justifie probablement très tôt, et elle explique, dans un entretien de 1966 avec Francis Jeanson, que si elle a, très jeune, pu “neutraliser le problème de la féminité”, c’est grâce à sa foi : 


“Je pense d’ailleurs qu’une des choses (...) qui m’ont énormément aidée à neutraliser le problème de la féminité, c’est quand même une enfance très religieuse, avec une piété intérieure très, très forte. Cela a certainement beaucoup joué jusqu’à douze-treize ans, de sorte que vraiment je me suis toujours pensée comme une âme. Et au niveau des âmes - c’était même le seul assez bon aspect d’une éducation religieuse - ces problèmes-là ne se posent absolument pas : Dieu m’aimait autant que si j’avais été un homme, il n’y avait pas de différence entre les saints et les saintes, c’était un domaine complètement asexué.” (Cahier de l’Herne, p.26 - “Premier entretien” tiré de Francis Jeanson, Simone de Beauvoir ou l’entreprise de vivre suivi de deux entretiens avec Simone de Beauvoir, Editions du Seuil, 1966 p.251-258)