L'historique de la propriété du manuscrit est simple à retracer, mais non sans controverses. En 1949, Joan Williams, une étudiante de 20 ans, est profondément émue par le roman de Faulkner parvient à le rencontrer, grâce à un relation commune dans la ville natale de l'auteur (Oxford, dans le Mississippi). C'est ainsi que débute une liaison compliquée entre elle et Faulkner, qui durera jusqu'en 1953. Les deux resteront en bons termes jusqu'à la mort de l’écrivain. Pendant leur idylle, en gage d’attachement, Faulkner lui offre le manuscrit de Le Bruit et la Fureur ; mais à la faveur d’un déménagement de la jeune femme à New York, il lui demande de le restituer afin de le mettre en sécurité. Il confie le manuscrit à Saxe Commins, éditeur chez Random House, accompagné d’une note affirmant ses intentions concernant Joan Williams : « Son droit sur ce manuscrit ne doit pas être remis en cause… Je vous demande de défendre et de protéger son droit sur ce manuscrit quelle que soit la situation qui pourrait se présenter. »
Le manuscrit ayant été envoyé par Random House à Princeton pour une exposition, puis à l’université de Virginie pour une autre exposition, il fut inclus, après la mort de Faulkner, dans la vente de ses archives à l’UVA. En 1986, le conservateur des archives Faulkner décrivait le manuscrit de Le Bruit et la Fureur comme la « pièce maîtresse » de la collection. Peu après, Joan Williams fit appel à des avocats pour tenter de le récupérer, invoquant la lettre de Faulkner à Commins comme preuve de sa propriété, mais sa demande fut rejetée par l’UVA et l’affaire fut par la suite tranchée par un tribunal en faveur de l’université. Finalement, l’UVA versa 25 000 dollars à l’ancienne étudiante pour régler l’affaire et préserver la collection, où le manuscrit est resté depuis lors ; des décennies plus tard, la collection s’enrichit considérablement lorsque Joan Williams vendit à l’université la quasi-totalité de ses lettres de Faulkner.