Le carnet de notes de William Blake,
un trésor qu'il conserva toute sa vie
Le carnet de notes de William Blake, un trésor qu'il conserva toute sa vie
Ce document, que William Blake conserva toute sa vie à portée de sa main, est d’une portée littéraire et esthétique saisissantes. Il offre une plongée aussi inattendue qu’intime dans le processus créatif de l’un des plus grands poètes et artistes anglais de l’ère romantique.
Né en 1757, Blake travailla principalement comme graveur, imprimeur et illustrateur, acceptant des commandes tout en poursuivant ses propres travaux de peinture et de poésie. Ses manuscrits enluminés, qui offrent à voir ses poèmes accompagnés d’aquarelles somptueuses, sont bien connus du grand public, et notamment Songs of Innocence and Experience, The Marriage of Heaven and Hell et Jerusalem. Bien qu'il ait vendu des œuvres d'art à des mécènes et organisé des expositions pour présenter son travail, Blake a néanmoins été largement méconnu de son vivant, peut-être en raison de son opposition à l'establishment et de ses opinions non conventionnelles à l’époque. Sa contribution à la poésie et aux arts visuels est aujourd'hui universellement reconnue et Blake est considéré comme l'un des écrivains les plus influents et les plus importants de la littérature anglaise.

Le carnet est composé de 116 pages, pour un format de 19.7 x 15.9 cm. Il a probablement été entamé par Robert, frère cadet de Blake, dont on peut voir des esquisses sur certaines premières pages du manuscrit.
Un manuscrit témoin d'une vie extraordinaire
Après la mort prématurée de Robert, en 1787, William hérita du carnet, le garda par devers lui pendant plus de trois décennies, le remplissant alternativement de dessins et de textes, notamment pendant la période la plus productive de sa vie – entre 1792 et 1794.
Après avoir couvert chaque centimètre d'espace disponible sur les pages de droite, Blake retourna le carnet et se mit à travailler sur les versos vierges. Sa réticence à se séparer de ce petit livret témoigne, sans doute, de l'importance qu'il revêtait pour lui, tant sur le plan créatif qu'émotionnel. En effet, la perte de son frère le marqua profondément et durablement – un sentiment de perte et d’absence qu’il exprima de façon émouvante dans une lettre à son ami William Hayley, écrite en 1800 : « Il y a treize ans, j'ai perdu un frère, et avec son esprit, je converse chaque jour et chaque heure, et je le vois dans mon souvenir, dans les régions de mon imagination. »
Le "Manuscrit Rossetti" : au royaume de William Blake
Tel un condensé des talents de Blake, le carnet entremêle poésie, dessins, citations de Milton et de Shakespeare, des références à des moments spécifiques de la carrière de Blake, tels que son apprentissage auprès du graveur James Basire, ou sa rencontre avec la prophétesse Joanna Southcote, avec laquelle il paraît avoir éprouvé quelques affinités. Chaque page ou presque est peuplée de démons et de créatures étranges, de nombreux visages, certains chimériques, d'autres étant portraits : de Blake lui-même, du révolutionnaire Tom Paine, et d'une femme qui est probablement son épouse bien-aimée Catherine.

En contemplant ces pages densément habitées, il est possible de reconnaître les débuts de certaines des œuvres les plus emblématiques de Blake. En effet, le carnet contient les ébauches de 16 des poèmes qui seront plus tard inclus dans Songs of Experience, y compris des fragments de « London », « The Human Abstract » et le premier vers de « The Chimney Sweeper ». On y trouve également deux versions préliminaires du poème le plus célèbre de Blake, « The Tyger », qui méritent d'être comparées à la version finale qui figurera dans son manuscrit enluminé de 1794.
Un condensé de créativité
Le carnet aborde de nombreux thèmes qui accompagneront Blake sa vie durant, tels que la tension entre l'humain et le divin, l'hypocrisie de la révolution industrielle, la destruction de la nature et la souffrance des classes laborieuses qui en découle. Le manuscrit s’attarde également sur des pièces plus énigmatiques de Blake, telles que « The Sick Rose », qui a laissé les critiques perplexes depuis sa publication. Le déchiffrage des révisions furieuses et des esquisses préliminaires de Blake pour ce poème pourrait-il en offrir une nouvelle interprétation ?
Le manuscrit Rossetti
Les mains de génie de Blake, ou celles du regretté Robert, ne sont pas les seules à s’être posées sur ce carnet.
Après la mort de William Blake, Frederick Tatham, son héritier, aurait brûlé une partie considérable de l'œuvre du poète dans un accès de ferveur religieuse contre son contenu supposé hérétique. Fort heureusement, la veuve de Blake, Catherine, avait auparavant offert le carnet à l’artiste William Palmer, qui le conserva pendant plus de vingt ans avant de le vendre pour dix shillings (environ 40 livres sterling en 2022) à un jeune artiste promis à un avenir extraordinaire : un certain Dante Gabriel Rossetti, âgé de dix-neuf ans, qui consigna son achat dans une note calligraphiée sur une page vierge au début du carnet.
En 1850, avec l'aide de son frère William Michael Rossetti, Dante Gabriel Rossetti retranscrivit et retoucha 42 poèmes de Blake tirés du carnet, qu'il relia au carnet lui-même sous la forme d'un appendice de 33 pages avec la note suivante : « Tout ce qui a de la valeur dans les pages précédentes a été copié ici. D.G. C. R. »
Les Rossetti jouèrent un rôle important dans la popularisation de William Blake auprès du public victorien, et premirent à d'autres artistes et intellectuels de consulter l'œuvre de Blake et de s'en inspirer. Rossetti mit le carnet à la disposition du poète Algernon Swinburne et travailla avec Alexander Gilchrist dans les années 1850 pour produire une première biographie de Blake, intitulée Life of William Blake, Pictor Ignotus.
Ainsi, l'esprit rebelle de Blake fut une source d'inspiration pour Rossetti et d'autres membres de la confrérie préraphaélite qui, comme Blake, rejetaient le style plus « mécaniste » des artistes qui suivaient directement l'exemple de Raphaël. Blake et les préraphaélites trouvèrent également un ennemi commun dans la personne du peintre anglais Sir Joshua Reynolds, qui fonda la Royal Academy of Arts et qui favorisait alors une approche plus conventionnelle du processus de création artistique.
Cependant, les frères Rossetti furent en partie responsables de la perpétuation d'idées fausses sur Blake et son œuvre, qui correspondent probablement à leur propre sensibilité. Les spécialistes de Blake, tels que Richard Herne et John Sampson, estimèrent que l’approche des Rossetti ne reflétait pas la réalité de la vie, de l'œuvre et de la pensée complexes de Blake.
Un fac-similé unique
Notre reproduction du manuscrit est la première à inclure les pages ajoutées par Dante Gabriel Rossetti et son frère – le lecteur qui se prêterait au jeu de déchiffrer de leurs écritures, et de celle de Blake, se fera sa propre opinion.
Après la mort de Rossetti en 1882, le carnet fut vendu aux enchères au libraire, éditeur et bibliographe Frederick Startridge Ellis. Après être passé entre plusieurs mains, il fut acquis en 1887 par le bibliophile William Augustus White. En 1928, sa fille et héritière Frances White Emerson en fit don au British Museum.
Le manuscrit est désormais conservé à la British Library.
Deluxe edition
Numérotée de 1 à 1000, cette édition métallisée est présentée dans un coffret fabriqué à la main.
Cet ouvrage a été imprimé sur papier Arena fabriqué spécialement pour cette publication.
Édition grand format
Numérotée de 1 à 1000,
cette édition métallisée est présentée
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Cet ouvrage a été imprimé sur papier Arena
fabriqué spécialement
pour cette édition.
Édition métallisée
1000 exemplaires numérotés
208 pages - 25x35 cm
Papier Fedrigoni Deluxe
Tranchefile et signet
ISBN : 9791095457244