Les manuscrits illustrés de Beatrix Potter, autrice culte pour la jeunesse
Pierre Lapin, Tom Chaton, Noisette l'Écureuil, Jeremy le Crapaud… autant de personnages inoubliables, adulés par les enfants, qui ont aussi fait rêver les parents et les adultes ayant gardé une âme candide. Leur créatrice, également illustratrice, est une star dans le monde anglophone. Beatrix Potter (1866-1943) occupe depuis plus d'un siècle une place de choix dans le patrimoine culturel anglais et américain. Mais quelles furent les sources d'inspiration de cette autrice de best-sellers ?

« Il est bien plus gratifiant de s'adresser à un enfant qui existe réellement », écrivit-elle un jour à une connaissance, en 1905. « Je me dis souvent que c'est cela, le secret du succès de Pierre Lapin : le conte a été écrit pour un enfant en particulier, ce n'était pas une commande », expliqua-t-elle encore. En effet, les (més)aventures du vrai lapin domestique de Beatrix, Peter Piper, furent tout d'abord racontées non pas dans un livre mais à travers une série de lettres illustrées et envoyées à un petit garçon appelé Noel Moore.
Les lettres que Beatrix écrivit à Noel, à ses frères et sœurs ainsi qu'à d'autres enfants qu'elle connaissait, étaient enrichies de dessins charmants représentant les scènes décrites dans ses missives. Ces lettres sont devenues, pour les spécialistes et le public, les « Picture Letters » ou « Lettres illustrées ».

Douze de ces lettres – celles qui sont conservées à la prestigieuse Morgan Library de New York – sont reproduites ici pour la première fois en grand format, dans leur intégralité, avec une préface du spécialiste Philip S. Palmer.
Beatrix Potter
Beatrix Potter est née à Londres en 1866, dans une famille bourgeoise aisée et tournée vers les arts. Son frère Bertram était peintre-paysagiste tandis que leur père Rupert, avocat de son état, était aussi un photographe amateur. Leurs vacances à la campagne, en Écosse ou à Lake District (région et parc national situé dans le Cumbria, au nord-ouest de l'Angleterre), développa l'intérêt de Beatrix pour les sciences naturelles, la faune et la flore. La composition d'herbiers et les soins prodigués à leurs animaux faisaient partie de leurs occupations favorites, à elle et Bertram.

Passionnée par l'aquarelle, Beatrix étudiait et peignait les animaux avec précision et force de détails. Une pratique qui forgea, en partie, son habileté à réaliser ces illustrations si vives et réalistes pour lesquelles elle est encore connue aujourd'hui.
Comme d'autres jeunes gens issus de son milieu social, Beatrix fut élevée par une série de gouvernantes, au sein de son foyer. La dernière d'entre elles, Annie Carter, était à peine plus âgée qu'elle lorsqu'elle entra au service de la famille. Si Beatrix fut d'abord refroidie par cette nouvelle tutelle – elle avait alors déjà 17 ans – et par le fait d'être placée sous la supervision d'une personne de son âge, les deux femmes développèrent une forte complicité et une amitié qui perdura bien après le mariage d'Annie avec l'ingénieur Edwin Harry Moore. Les Moore eurent huit enfants : Noel, Eric, Marjorie, Winifrede, Norah, Joan, Hilda, et Beatrix. L'aîné, Noel, fut le destinataire le plus fréquent des lettres illustrées de Beatrix Potter – il en reçut onze sur les douze du présent recueil, la douzième étant adressée à sa sœur Marjorie.
Des lettres manuscrites pleines de tendresse et de talent
Les douze lettres conservées à la Morgan Library sont chaleureuses et pétries d'affection ; elles offrent à voir ce don si particulier – et rare ! – que possédait Beatrix pour s'adresser aux enfants et les divertir. Écrites entre 1892 et 1900, elles mettent souvent en scène les interactions de la famille Potter avec le monde animal, que ce soit pendant les vacances ou lors d'une visite au zoo. Les illustrations originales de Beatrix, et son aptitude à transformer un petit événement en belle histoire à raconter, annoncent l'œuvre et la carrière en devenir.

Dans sa première lettre illustrée, envoyée à Noël en 1892 depuis les Cornouailles, Beatrix décrit un chat « cherchant du poisson », « deux mouettes apprivoisées » et « deux petits chiens habitant le jardin », tous représentés dans des dessins pétillants de vie. Dans une autre lettre envoyée depuis Lake District, des lapins, des poules, des poissons et des ânes enrichissent la description simple mais amusante que Beatrix fait de ses vacances. En mariant de plus en plus adroitement sa prose et ses illustrations, Beatrix pose les bases de ses futures histoires.
Dans une autre lettre, datée de février 1895, Beatrix raconte les habitudes de son lapin Peter Piper avec une habilité qui ne cesse de croître. Elle explique : « Il est resté tranquille et m'a laissé lui couper les griffes des pattes avant, mais quand j'ai voulu lui couper celles des pattes arrière, cela l'a chatouillé et il a donné des coups de pattes, ce vilain. » Le récit est agrémenté d'une série de petits croquis, dont un représentant ces mauvais coups de patte arrière.

Dans une lettre de mars 1895, Beatrix s'appuie sur son imagination fertile pour réconforter Noel, malade à l'époque. Dans un croquis attendrissant, le garçonnet est représenté sous les traits d'une petite souris alitée, sa queue dépassant des draps, patientant pour la venue du médecin, le Dr Taupe, et de l'infirmière-assistante. Dès qu'elle aura été soignée, la petite souris, espère Beatrix, « pourra bientôt s'asseoir sur une chaise auprès du feu ». En associant des dessins d'animaux hyper réalistes – fruit de ses observations passées – à des récits inventifs et émouvants, Beatrix impose son style en tant qu'autrice et illustratrice.
Des lettres aux livres
Aux alentours de 1900, et puisqu'elle avait déjà vendu ses illustrations à plusieurs éditeurs afin de gagner un peu d'argent, Beatrix Potter emprunta à Noel quelques lettres qu'elle lui avait envoyées dans l'objectif de publier des contes illustrés. Sa lettre à Marjorie (la dernière du recueil) revient sur les difficultés de l'affaire. Ainsi que Beatrix le montre dans le dessin d'une lapine et de ses petits devant une librairie, elle voulait des « petits livres » abordables pour les « petits lapins », qui, selon elle, n'achèteraient jamais de gros volumes coûteux. Belle intuition : en effet, le petit format (facile à transporter, adapté à une main d'enfant) joua un rôle central dans le charme inoxydable des contes de Potter.

C'est une histoire basée sur l'une des lettres à Noel (aujourd'hui conservée au Victoria & Albert Museum de Londres) qui fut retenue par Frederick Warne & Co. L'histoire de Pierre Lapin fut un succès immédiat, marquant le début d'une carrière prolifique qui se prolongera jusqu'aux années 1910.
Un don à la Morgan Library
L'ensemble de lettres illustrées reproduites dans cet ouvrage a été donné à la Morgan Library en 1959 par le colonel David McCandless McKell, collectionneur de livres qui siégeait au Morgan Library Council. Conservées dans le coffre-fort de la Morgan Library, elles continuent de ravir les visiteurs du monde entier, comme récemment lors de l'exposition Beatrix Potter: Drawn to Nature, organisée en 2024 en collaboration avec le Victoria & Albert Museum de Londres et le National Trust britannique.
Une préface de Philip S. Palmer
Philip S. Palmer est un éminent spécialiste de littérature et de culture anglaises du début de l'ère moderne, avec un intérêt particulier pour l'histoire du livre, les humanités numériques, les manuscrits, la paléographie et les récits de voyage de Thomas Coryate. Il est conservateur et directeur du département des manuscrits littéraires et historiques de la Morgan Library & Museum

Édité en grand format
Cette édition bleu lavande a été
tirée à 1000 exemplaires.
Chaque coffret est fabriqué à la main.
Reliure bleu lavande
1000 exemplaires numérotés
88 pages - 25 x 35 cm
Papier Fedrigoni Avorio
Fabriqué à la main
ISBN : 9791095457701