Calligrammes - Les manuscrits de Guillaume Apollinaire - Poèmes de la paix et de la guerre 1913-1916
Des pages dactylographiées, corrigées à la main, découpées et collées sur des feuilles plus larges ; des autographes à l’encre violette ; des assemblages de lettres, des dessins, des annotations, des repentirs, une dédicace, une biographie et même un colophon tracé à la main… tel est le foisonnement créatif qui est à l’œuvre dans l’élaboration des Calligrammes – poèmes de la paix et de la guerre 1913-1916.
Une maquette exceptionnelle, composée de manuscrits et de tapuscrits

Et c’est ce que donne à voir ce document incroyable de près de 200 pages, maquette composée par Guillaume Apollinaire afin d’établir la version quasi définitive du recueil, dont l’allure et la structure oscillent entre la palette de bricolage et le coffre à merveilles. Le document est conservé à la BLJD (Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, Paris).
Guillaume Apollinaire organise son recueil de Calligrammes
Les différentes pièces de Calligrammes ont été écrites entre fin 1912 et 1917 – en mars de cette année, Apollinaire se met à organiser le recueil selon un ordre précis. Ainsi, la partie « Ondes », rédigée avant la déclaration de guerre, inaugure le recueil, tandis que « Étendards », composée avant le départ volontaire du poète sur le front en avril 1915, la poursuit. « Case d’Armons », qui évoque les souffrances de la guerre, donne ensuite le relai à « Lueurs des tirs », laquelle se concentre sur la vie dans les tranchées et l’amour. Les parties « Obus couleur de lune » et « La Tête étoilée » mêlent souvenirs, vie quotidienne et engagement poétique de l’auteur. En août, il achève la correction de ses secondes épreuves. Le recueil est publié l’année suivante au Mercure de France, le 15 avril 1918. Certains poèmes étaient parus précédemment dans des revues telles que Les Soirées de Paris ou encore SIC.

Dans cet ultime recueil publié de son vivant, dédié à son ami d’enfance sacrifié au combat René Dalize, Apollinaire apparaît comme l’un des premiers – ou derniers ! – princes de l’audace poétique au XXème siècle. Dans Calligrammes, il s’agit en effet de surprendre le lecteur, de démontrer que la poésie se cache partout – ne propose-t-il pas au lecteur des poèmes-conversations ? – pour qui se donne la peine de regarder au-delà des convenances ou des apparences. Il donne cette définition du « calligramme » (néologisme, provenant de la contraction de calligraphie et idéogramme) dans une lettre à l’un de ses proches, André Billy, lequel avait exprimé quelques commentaires critiques sur le recueil :
Quant aux Calligrammes, ils sont une idéalisation de la poésie vers-libriste et une précision typographique à l'époque où la typographie termine brillamment sa carrière, à l'aurore des moyens nouveaux de reproduction que sont le cinéma et le phonographe. Si je cesse un jour ces recherches, c’est que je serai las d’être traité en hurluberlu justement parce que les recherches paraissent absurdes à ceux qui se contentent de suivre les routes tracées.

En effet Guillaume Apollinaire, depuis sa prime jeunesse, n’a eu de cesse de travailler la forme autant que le fond, et Calligrammes est l’acmé de ce processus. Que ce soient les vers qui résonnent encore aujourd’hui…
Ah Dieu ! que la guerre est jolie
Avec ses chants ses longs loisirs
Cette bague je l’ai polie
Le vent se mêle à vos soupirs
… ou ces poèmes figuratifs, identifiables au premier coup d’œil – 'La Colombe poignardée et le Jet d’eau', ou 'La Tour Eiffel' – Apollinaire est aussi intemporel qu’éternel. Sans doute parce que Calligrammes, poèmes de guerre plus que de paix, c’est aussi cette quête de beauté dans un univers de fracas, où la violence de la guerre se superpose aux visages aimés.

La maquette originale de Calligrammes, un trésor renouvelé à chaque page
Il existe plusieurs dossiers de brouillons manuscrits et tapuscrits, offrant à voir les différents et nombreux états du travail d’Apollinaire sur Calligrammes. Cet ouvrage propose la reproduction de la maquette qui servit à l’édition du Mercure de France de 1918. Soit 32 feuilles manuscrites autographes, 154 feuilles de textes extraits de publications antérieures et montés sur feuillets vierges, avec annotations, croquis et corrections. Si bien que la sensation de découvrir un trésor se renouvelle à chaque page tournée.
La maquette s’ouvre sur la bibliographie de l’auteur suivie du colophon et de la page de titre, laquelle reprend les six grandes parties du recueil précitées. Au lecteur de traquer, désormais, le dessin si émouvant qui accompagne le poème 'Liens', cette Vierge à l’enfant, au crayon, rayée en bleu ; à lui de découvrir que 'Le Musicien de Saint-Merry' met en vis-à-vis le dessin d’un Christ et celui d’un soldat. Les trouvailles sont nombreuses. Faune et flore, partitions de musique, navires ou objets du quotidien, éparpillements de caractères d’imprimerie, ratures rageuses ou plus légères… la maquette est une invitation au voyage dans l’imaginaire d’un poète trépané mais génial.

Guillaume Apollinaire à l’apogée de son art
Début 1918, Guillaume Apollinaire ignore qu’il lui reste peu de temps avant de mourir. Il a brillé sur la scène artistique tout au long de l’année 1917, avec la première représentation des Mamelles de Tirésias au Conservatoire Renée Maubel à Montmartre (juin) et sa conférence sur ‘L’Esprit nouveau et les poètes’ au théâtre du Vieux-Colombier (novembre). En janvier, il est atteint d’une congestion pulmonaire ; il contractera ensuite la grippe espagnole, qui aggravera les séquelles de sa blessure de guerre. Il s’éteint le 9 novembre, à moins de 40 ans, à l’apogée de son art.

La Bibliothèque littéraire Jacques Doucet
La Bibliothèque littéraire Jacques Doucet est une bibliothèque patrimoniale consacrée à la littérature française, de la seconde moitié du XIXe siècle à nos jours. Créée par le grand couturier Jacques Doucet, léguée à l’Université de Paris en 1929, elle relève depuis 1972 de la Chancellerie des Universités de Paris.

Collectionneur et mécène, le couturier Jacques Doucet (1853-1929) se constitue à partir de 1916 une bibliothèque littéraire d’exception, offrant la particularité de réunir éditions rares et documents permettant d’en suivre la formation et l’élaboration (manuscrit, épreuves corrigées, correspondance). En 1933, à l’initiative du recteur Charléty, la bibliothèque est transférée et ouverte au public à la Bibliothèque Sainte-Geneviève, place du Panthéon à Paris. La Bibliothèque littéraire Jacques Doucet n’a cessé et ne cesse de s’enrichir de dons prestigieux ou d’acquisitions. Outre la collection de Jacques Doucet, la collection générale se compose de 90 fonds d’écrivains (tels Mallarmé, Verlaine, Apollinaire, Éluard…) ainsi que d’archives de collectionneurs ou d’artistes (Derain, Picabia, Matisse, Nicolas de Staël…).
On estime l’ensemble à environ 140.000 manuscrits, 50.000 livres imprimés enrichis, 800 revues littéraires et poétiques, plus d’un millier de reliures d’art, auxquels s’ajoutent des photographies, des peintures, dessins, estampes, et des objets mobiliers.

Sources
- Calligrammes de Guillaume Apollinaire. Gallimard (Paris, 1948).
- Apollinaire : Œuvres poétiques complètes. Édition commentée par Marcel Adéma et Michel Décaudin, préface d’André Billy. Gallimard / Pléiade (Paris, 1956).
- Calligrammes de Guillaume Apollinaire (essai et dossier). Édition commentée par Claude Debon. Folio Poche (Paris, 2004). Et Calligrammes dans tous ses états, édition critique du recueil de Guillaume Apollinaire, de Claude Debon, Calliopées (2008).
- Site internet de la BLJD
Édité en grand format
Cette édition bleu pétrole a été tirée à 1000 exemplaires.
Chaque coffret est fabriqué à la main.
Édité en grand format
Cette édition bleu pétrole a été
tirée à 1000 exemplaires.
Chaque coffret est fabriqué à la main.
Reliure bleu pétrole
224 pages
25 x 35 cm
Papier Fedrigoni Arena
Tranchefile et signet
ISBN : 9782494080010