Une séquence culte
Cette scène du Mépris n’aurait jamais dû exister, et elle est devenue une séquence culte : lorsque le film commence, Brigitte Bardot, qui incarne la belle Camille, est allongée sur le ventre, nue, fessier rebondi au premier plan. À ses côtés, celui qui joue son mari Paul Javal – Michel Piccoli – l’admire sans réserve. Elle s’apprête à lui demander, détaillant chaque partie de son corps dans la glace, s’il aime ses pieds, ses genoux, ses fesses, ses seins, ses épaules, ses cheveux. Elle est mutine, et peut-être anxieuse des réponses de Paul qui la rassure aussitôt : il l’aime « totalement, tendrement, tragiquement ». Elle aussi. Et pourtant, la suite de leur histoire sera tissée d’incompréhensions, menant à une lente et inéluctable désaffection de Camille.

En 1962, Jean-Luc Godard termine d’écrire le scénario de l’adaptation du Mépris, roman d’Alberto Moravia, qui lui a été commandé par des producteurs français, italiens et américains. C’est le premier film à gros budget pour le réalisateur ; la distribution sera confiée à des stars. Godard transmet le manuscrit du scénario à Brigitte Bardot par l’intermédiaire de Sami Frey. Ce script, publié par les Éditions des Saints Pères en 2013 à l’occasion du cinquantième anniversaire du film, commence par un long travelling. On y voit Javal et un producteur marcher dans les allées d’un studio de cinéma, parmi des décors partiellement en ruine. Le producteur demande à Javal de réécrire les scènes d’un film dont il n’est pas satisfait. Est-ce à cet instant, comme à l’insu de Jean-Luc Godard lui-même, que la fiction rejoindra la réalité ? Car à Godard aussi, on demandera de retoucher son film…

Une scène qui n'aurait pas dû exister
En juin 1963, une fois le tournage terminé, Jean-Luc Godard attaque le montage et fait visionner le film aux producteurs quelques semaines plus tard : ceux-ci estiment qu’il n’est pas terminé et exigent le rajout de scènes sensuelles, où le corps de Brigitte Bardot, atout charme de l’œuvre, sera mieux « exploité ». Un conflit de plusieurs mois oppose les producteurs au réalisateur, à l’issue duquel le réalisateur abdique, en octobre.
Il reprend les chemins des studios pour tourner, convoquant Bardot et Piccoli à nouveau, dans l’appartement de Paul et Camille reconstitué. Ainsi naquit la scène d’amour inaugurale du Mépris, placée après le générique, et qui par conséquent ne figure pas dans le manuscrit d’origine. La musique inoubliable de Georges Delerue, la splendeur nonchalante de Bardot, cette joute voluptueuse entre elle et Piccoli, en font une scène désormais mythique de l’histoire du cinéma.
Encadrement entre‑deux‑verres
(recto)
(verso)
Le manuscrit envolé
Ghislain Dussart, dit « Jicky », était le photographe attitré de Brigitte Bardot. Il occupait aussi une petite maison à La Madrague, dans le Sud de la France. Le scénario manuscrit se perdit dans les méandres des archives de la propriété, pour être redécouvert après la mort du photographe. Il fut vendu aux enchères en 2013.
Le document est composé de 149 plans, soit 59 pages manuscrites, rédigées dans une encre bleue et avec une écriture élégante et régulière, additionnées de 24 feuillets tapés à la machine et corrigés par le cinéaste. Notre édition en fac-similé comporte également les lettres d’engagement des acteurs (Brigitte Bardot, Fritz Lang, Michel Piccoli et Jack Palance) sur le papier à en-tête de leur hôtel ; ainsi que la partition du célèbre thème de Camille, adagio composé par Georges Delerue à la main.
Un clin d'oeil de BB pour les Éditions des Saints Pères
« Et mes fesses, tu les aimes mes fesses ? » n’est pas exactement la réplique prononcée dans le film.
Brigitte Bardot a accepté, à la demande des Éditions des Saints Pères et puisque cette séquence ne figure pas dans le document manuscrit initial de Godard, de griffonner ces quelques mots, de sa calligraphie ronde et reconnaissable entre toutes, à l’encre turquoise, en guise de clin d’œil.
Sources :
- Antoine DE BAECQUE, Godard, Grasset (2010).
Et :
- Brigitte BARDOT, Initiales BB. Mémoires, Grasset (1996).
- Jean-Luc GODARD, Introduction à une véritable histoire du cinéma, Albatros (1980).
- Michel MARIE, Comprendre Godard, Travelling avant sur À bout de souffle et Le Mépris, Armand Colin cinéma (2006).
- Le Figaro (2013), FranceTVinfo (2022).
Encadrement entre-deux-verres
Document recto-verso présenté dans un cadre entre-deux-verres (33 cm x 43 cm).
Cadre en bois, fabriqué en France. Chaque tableau est assemblé à la main dans nos ateliers à Cambremer.
Entre-deux-verres
Cadre : 33 cm x 43 cm
Manuscrit : 22 cm x 30 cm
Papier coton
Assemblé à la main
ISBN : 9782494080034