Fleur « Mercredi », de l'agenda de Jacques Prévert
« L’ami intime des fleurs vivantes »*, disait Matisse à propos de Jacques Prévert. Ces mots résonnent plus que jamais lorsque l’on contemple les fleurs du poète, ces larges feuilles blanches de très grand format sur lesquelles il dessinait des fleurs de teintes variées, vives, joyeuses, parfumées des événements et des joies du quotidien. Car le poète avait décidé, entre les années 1950 et 1960**, de composer ainsi ses semainiers. Une manière d’embrasser le temps et de l’organiser ; de capturer aussi, peut-être, certains souvenirs... Pour chaque jour, qu’il note en haut à gauche, assorti parfois d’un nombre, mais sans indiquer le mois ou l’année, une fleur gigantesque et inédite s’épanouit, entourée de notes plus ou moins déchiffrables.
Cette décennie se révèle foisonnante et féconde, à l’instar de l’ensemble de la trajectoire de Jacques Prévert, dans tous les domaines. Installé Cité Véron depuis 1955, où il partage une vaste terrasse dominant le Moulin rouge avec Boris et Ursula Vian, il initie ou participe à de nombreux projets : scénarios de Notre-Dame de Paris ou des Amours célèbres au cinéma ; exposition de ses collages ; parution de nombreux textes en hommage à ses amis et divers artistes – de Doisneau à Giacometti, en passant par Magritte, Chagall, Calder, Braque... – ; écriture pour Édith Piaf ou encore Françoise Hardy...

Une ode à la vie
Vingt-quatre heures de la vie de Jacques Prévert, ainsi que l’expriment les Fleurs en quelques lignes manuscrites et dessins, ce sont vingt-quatre heures uniques, peuplées de rendez-vous, d’appels, de vernissages, d’amis. Ici, au feutre noir, il se rappelle de téléphoner au producteur Hugues Desalle ; là, en rouge, il prévoit de se rendre place de la Bastille ; ici encore, un chat jaune malicieux symbolise le réalisateur Paul Grimault... Les visages, comme celui de Paloma, fille de Picasso, de l’actrice Claudy Carter ou de son frère Pierre dit Piero, se succèdent, comme les lieux – la Porte Saint-Martin, les Champs Élysées – pour une plongée colorée dans l’univers intime d’un homme admiré par Picasso : « Tu ne sais pas peindre mais tu es peintre ! », lui aurait-il lancé*** au sujet de ses œuvres picturales.
Économie d’effets, inspiration qui jaillit sans contrainte, à l’image des fleurs que Prévert préférait libres plutôt que dans les vases, pour une profusion d’émotions et d’informations : ne peut-on pas lire ces Fleurs comme les pétales d’un journal intime ?
Également disponible
* Revue Verve consacrée à Matisse, Paris, 1948, Vol IV, n°21 et 22, dédicacée par Henri Matisse à Jacques Prévert. Collection privée Jacques Prévert.
**Les Fleurs aujourd’hui répertoriées et conservées par Fatras/Collection Jacques Prévert, couvrent une dizaine d’années : fin 1950 - fin 1960.
*** Propos rapportés par André Villers, photographe et artiste plasticien.
Sources :
- www.jacquesprevert.fr
- Dires d’Art, Fatras Succession (Paris).
- Œuvres complètes, vol I et II., Jacques Prévert, coll. Pléiade, Gallimard (Paris, 1992 et 1996).
- Carole Aurouet, L’amitié selon Prévert, Éditions Textuel (Paris, 2016).
- La Lanterne magique : mémoires d’une script, Jacqueline Witta, Calmann-Lévy (Paris, 1980).
Encadré dans une caisse américaine
Chaque dessin est encadré dans une caisse américaine
Fabriqué et assemblé à la main dans nos ateliers à Cambremer.
Document encadré
Cadre : 30 cm x 40 cm
Dessin : 21 cm x 32 cm
Papier coton
Assemblé à la main
ISBN : 9791095457909