Tirage terra cotta,
numéroté de 1 à 1000,

240 €

Très grand format
(25,5 x 37,5 cm)

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L'incroyable épopée du manuscrit de Noa Noa

Ce que l'on a longtemps considéré comme l'héritage littéraire de Gauguin, le manuscrit de Noa Noa, s'est révélé dans les années 1950 n'être qu'une pâle variation - de sa main, certes - du projet originel... De son premier voyage à Tahiti, en 1891, Paul Gauguin rapporta quelques-unes de ses toiles les plus connues. Mais aussi, des sensations extraordinaires : parfums, couleurs, mélopées… Ébloui, alors qu’il était pourtant coutumier des grands voyages, le peintre retranscrivit une partie de ces émotions dans un manuscrit. Un manuscrit unique, longtemps perdu puis retrouvé, légendaire, objet de péripéties nombreuses : le fameux Noa Noa.

introduction du livre Noa Noa

Une avant-page très mystérieuse ne renseigne pas le lecteur, mais le pousse pourtant à se plonger dans le document :

La forme sculpturale de là-bas
Deux colonnes d’un temple, simples et droites
Le grand Triangle de la Trinité
Le pouvoir d’en haut
Le Grand Taaroa existe, l’univers existe, le chaos de la volonté suprême, il les réunit.

Que signifient ces quelques mots ? Et pourquoi le début du manuscrit est-il raturé ?

Je ne sais pourquoi le gouvernement m’avait accordé cette mission
pour avoir l’air probablement de protéger un artiste
Je ne sais pourquoi j’ai fait ce voyage avec ce morceau de papier dans ma poche ?

L’incroyable histoire du manuscrit de Noa Noa nous rappelle, si besoin était, l’importance capitale des documents autographes dans la compréhension des œuvres et de leurs artistes. Gauguin aurait sans doute été heureux de savoir que son premier Noa Noa, le manuscrit des origines, car il y en eut d’autres ensuite, lui survivrait. Car ce document est celui qui exprime probablement le mieux, dans sa spontanéité et sa beauté irrégulière, ce lien à l’Eden que le peintre trouva sur terre.

Le manuscrit de Noa Noa de Paul Gauguin

Paul Gauguin le voyageur

Dès 1890, Paul Gauguin envisage de partir plus loin qu’il ne l’a jamais fait. Les ailleurs ne l’effraient pas. Enfant, il a grandi entre le Pérou et la France ; à l’âge de dix-sept ans, il s’est embarqué comme pilotin de marine et a sillonné les océans pendant plusieurs années. On le retrouve à Paris, où il fréquente l’Académie Colarossi et les impressionnistes ; au Danemark – le pays de son épouse Mette – ; en Bretagne où il fonde ce qu’on appellera par la suite l’École de Pont-Aven ; au Panama et en Martinique ; à Arles – séjour resté célèbre en raison de la dispute avec Vincent Van Gogh qui causa à ce dernier la perte de son oreille.

Que cherche Gauguin, dans ce mouvement incessant que certains comparent à une fuite ? « Vivre en sauvage », aurait-il répondu jadis. L’idée d’un « Atelier des Tropiques » progresse dans son esprit et, après avoir envisagé plusieurs destinations, Tahiti devient le phare de ses obsessions, symbole d’une sérénité éloignée de la civilisation où il pourra s’adonner à son art sans contraintes. Nul passéisme cependant, dans cette démarche ; mais bel et bien une envolée vers l’avenir. Dans une lettre à Mette Gauguin son épouse, en juillet 1890, il confie prier pour le jour il se réfugiera dans les bois, sur une île, pour vivre d’extase, de calme et d’art.

Noa Noa Editions des Saints Pères

Début 1891, avec l’aide de Stéphane Mallarmé et Octave Mirbeau, Gauguin finance son voyage en vendant des toiles aux enchères, à Drouot. En avril, il abandonne Marseille pour prendre la direction de Papeete, atteinte le 9 juin. Rapidement, il s’exile à Mataiea, village isolé au bord de la mer ; il se met à peindre comme jamais, animé d’une fougue nouvelle. Cet « homme qui peint les hommes », ainsi que le surnomment les locaux, se fonde dans le paysage avec délectation. Mais la maladie le contraint à rentrer deux ans plus tard en France. Tahiti ne quitte ni son cœur, ni son esprit : il y retournera, c’est une certitude.

La volonté d'écrire un livre

Paul Gauguin a déjà pris la plume, pour rédiger notamment Ancien culte mahorie. Le projet Noa Noa, qui signifie « très odorant », sera un hommage à « ce qu’exhale Tahiti », ses lumières et ses fragrances, ainsi qu’une manière de faire comprendre sa peinture : il prend forme à l’automne 1893.

Entre impressions d’art, élans de son âme et découvertes, Paul Gauguin reprend le fil de son paradis perdu. Il y décrit son arrivée sur l’île et les funérailles du dernier roi de Tahiti, Pomaré V ; Mataiea à cinq heures de carriole de Papeete ; son portrait « Vahiné no te tiare » (La Femme à la fleur)… Un jeu de lumière se forme au bout de ses doigts :

Je commençais à travailler, notes, croquis de toutes sortes. Tout m’aveuglait, m’éblouissait dans le paysage. Venant de l’Europe, j’étais toujours incertain d’une couleur, cherchant midi à quatorze heures : cela était cependant si simple de mettre naturellement sur ma toile un rouge et un bleu. Dans les ruisseaux des formes en or m’enchantaient. Pourquoi hésitais-je à faire couler sur ma toile tout cet or et toute cette réjouissance de soleil ?
 

Paul Gauguin évoque sa vie avec Tehamana, à la peau d’or, une expédition dans la forêt en quête d’un bois de rose à sculpter, une partie de pêche mémorable… C’est une sublimation de Tahiti, certes, mais Gauguin ne semblait pas s’embarrasser avec l’exactitude. Le manuscrit court sur quelques dizaines de feuilles, raturé mais élégant, simple et singulier. Pourtant, Paul Gauguin n’a pas confiance en lui. Il est peintre, certes, mais est-il écrivain ?

Facsimilé de Noa Noa

Noa Noa, un manuscrit perdu et retrouvé

Ce premier manuscrit, qui fait l’objet du présent fac-similé, aura une trajectoire étonnante. Paul Gauguin le confie tout d’abord à Charles Morice, poète sur lequel il compte pour parfaire l’œuvre. Morice l’augmente de poèmes et de textes déformant le projet initial, donnant lieu à un deuxième manuscrit recopié par Gauguin et emporté par lui aux Îles Marquises, lors de son dernier voyage en Polynésie. Cette version est la plus connue car elle était considérée – à tort – comme fruit de l’unique travail de Gauguin : elle servira de base à une série d’éditions, dans diverses revues et maisons, non validées par Paul Gauguin.

Mais alors, qu’en est-il de notre premier manuscrit ? Malgré les différends entre Gauguin et Morice, celui-ci conserve la précieuse liasse de feuillets. En 1908, Morice vend ce trésor, qui aux yeux du monde n’en n’est pas encore un, au marchand d’estampes Edmond Sagot. Le poète fait promettre à Sagot de le garder secret, ce qui alerte évidemment quant à l’importance du document, et à l’appropriation inconvenante de Noa Noa par Morice. Pendant des années, le manuscrit dort dans une malle reléguée au grenier de Sagot. En 1937, à la faveur d’un déménagement, la fille de Sagot l’exhume enfin, pour le porter à la connaissance du public dans les années 1950. Il est acquis par le Getty Research Institute de Los Angeles en 1985.

47 dessins et aquarelles de Paul Gauguin

Noa Noa un livre illustré de Paul Gauguin

Ce fac-similé est accompagné d’une sélection de dessins et d’aquarelles, provenant du manuscrit conservé au Louvre. Un assemblage qui se veut hommage au peintre et à la puissance des origines.

Tous nos remerciements à David Haziot.

Sources :

- Isabelle Cahn (documentaliste du musée d’Orsay), Paul Gauguin, Noa Noa. ArtAbsolument n°6 (Paris, 2003).

- Armelle Fémelat, Gauguin. D’art et de liberté, éditions Beaux-Arts/Michel Lafon (Paris, 2017).

- Paul Gauguin, Noa Noa, édition de l’Association des Amis du Musée GAUGUIN à Tahiti et la « GAUGUIN and Oceania Foundation » à New York (Paris, 1988). Réalisé et présenté par Gilles Artur, Jean-Pierre Fourcade et Jean-Pierre Zing, traduction de John Donne.

- Paul Gauguin, Noa Noa. Ce qu’exhale Tahiti, éditions de l’Escalier (Saint-Didier, 2019).

- Paul Gauguin, Noa Noa. Notes et postface de Jérôme Vérain. Éditions Mille et une Nuits (Paris, 2002).

- David Haziot, Gauguin, Fayard (Paris, 2017).

- Jean-François Staszak, Géographies de Gauguin, éditions Bréal (Paris, 2003).

Livre de Paul Gauguin

Édité en très grand format

Cette édition Terra Cotta a été
tirée à 1000 exemplaires.

Chaque coffret est fabriqué à la main.


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